Sécurité Sociale

vendredi 24 mai 2013
par Résistante
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Déclaration du 22 mai 2013 :

Nous allons aujourd’hui aborder les dispositions du projet de loi relatif à la sécurisation de l’emploi (l’ANI) concernant la généralisation de la couverture santé et sa portabilité.

En préalable nous souhaiterions rappeler notre ferme opposition à l’accord du 11 janvier 2013, à ce projet purement patronal, construit de longue date par ces éternels exploiteurs pleureurs qui accusent inlassablement et sans vergogne le coût du travail qui, selon eux, nuirait au développement de leurs insolentes richesses. Un accord bien conçu par le MEDEF, une boite à outils sans faille qui dispose de toutes les clés indispensables à la réussite du capital.

Difficile pour nous de digérer la collaboration continue de classe qui émane, aux sommets des pyramides, des dirigeants syndicaux et politiques, de gauche normalement et moralement en charge de la défense des intérêts collectifs des salariés, mais qui préfèrent occulter l’aliénation des Femmes et des Hommes constituant cette société.

L’alinéas concernant la généralisation de la couverture santé pourrait, pour un grand nombre d’entre nous, salariés et organisations syndicales, ignorants ou malheureusement contraints par le besoin, ressembler à une avancée sociale significative qui voudrait permettre, à un plus grand nombre de salariés, de bénéficier des mêmes avantages.

A la CGT du Crédit Agricole nous y voyons clairement une autre étape de recul social, une étape sans précédent puisqu’elle entérine définitivement la reconnaissance de l’insuffisance de LA Sécurité Sociale, ici pour la santé, ailleurs pour la retraite ou le chômage !

Nous voici de retour à l’époque du début du 20eme siècle, l’époque des œuvres sociales patronales, du paternalisme social associé à une volonté de contrôle permanent permettant d’assurer une main d’œuvre stable et dévouée à l’œuvre commune : voilà pourquoi il faut aujourd’hui la rétribuer sous des formes diverses afin de moins la payer en salaire cotisé !

Le développement de l’épargne salariale et de la participation aux bénéfices s’inscrivent dans le même processus pour la retraite.

Toutes ces mesures imposées par le capital ne sont pas innovantes et aboutiront aux mêmes désastres financiers et par extension aux mêmes désastres sociaux que ceux rencontrés par le passé. Ces mesures ne servent aujourd’hui qu’à faire illusion pour maintenir momentanément la paix sociale.

La Sécurité Sociale, issue elle de longues luttes, arrivera à maturité dans le programme du CNR (Conseil National de la Résistance) et sera créée par les ordonnances de 1945 qui constituent encore la matrice du système français malgré les atteintes continues qui lui sont portées et cela depuis son origine.

Nous souhaitons rappeler le rôle important des militants de la CGT dans la création et la mise en place de la Sécurité Sociale et nous souhaitons rendre hommage à Ambroise Croizat et à tous les camarades qui ont contribué à ce bel ouvrage, mûri dès 1943 à une époque où aliénation et liberté prenait tout leur sens et mis en œuvre dans une France pourtant ravagée par la guerre, où les recettes fiscales couvrent à peine 30% des dépenses publiques et où la dette nationale a quadruplé. La France n’avait ni ponts, ni charbon, ni acier, ni énergie, c’était à peine concevable mais ils sont passés outre et ils ont organisé le système social.

Mettant en œuvre la devise « je cotise en fonction de mes moyens, je reçois en fonction de mes besoins », le plan de sécurité sociale vise à « assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail […] » et à « mettre définitivement l’être humain à l’abri du besoin, pour en finir avec l’indignité, la souffrance, le rejet, l’exclusion ».

La Sécurité Sociale joue un rôle essentiel sur l’espérance de vie avec l’accès aux soins pour tous, sur le maintien du niveau de vie et la réduction des inégalités. Elle concourt aussi à une force de travail en meilleur état. C’est un système collectif qui garantit aux salariés et à leurs familles, qu’ils soient ou non en capacité de travailler, un droit égal à la couverture des « risques sociaux » : maladie, vieillesse, famille, décès, invalidité, chômage.

La sécurité sociale reste ainsi l’institution majeure de la solidarité entre actifs et inactifs, bien portants et malades, générations actuelles et futures.

Mais les libéraux, le grand patronat martèlent depuis des décennies les mêmes accusations à son encontre :
- un coût de cotisation insupportable et nuisible à la compétitivité
- un coût qui réduit l’épargne indispensable à l’investissement
- un coût démesuré de soins prétendument abusifs,
- un coût irrationnel de services de santé mal gérés
- des effets inflationnistes qui justifient les politiques de rigueur.

Effectivement, un certain nombre de problèmes sont apparus au fil du temps, notamment le déficit. Des chiffres mirobolants sont avancés et répétés quotidiennement dans le but de conditionner les assurés sociaux. Mais, il s’agit d’un véritable mensonge d’Etat que les gouvernements successifs répètent comme une litanie depuis des décennies, dès lors qu’ils passent délibérément sous silence le pillage et les politiques de rationnement dont la Sécurité Sociale est victime depuis plus de 30 ans :
- pas un mot sur la prise en charge par la branche maladie des accidents du travail et des maladies professionnelles à charge des employeurs : c’est plus de 15 milliards d’euros de dépenses supplémentaires chaque année pour la Sécu.
- pas un mot sur les éléments de revenus exonérés de cotisations sociales (intéressement, stock-option, épargne salariale…) : c’est plus de 10 milliards d’euros en moins pour la sécu.
- rien n’est dit à propos des dettes patronales : autour de 2 milliards d’euros par an prélevés sur les salaires, mais jamais reversés
- jamais ne sont évoquées les impôts et taxes non reversées, pourtant mises en place pour combler une part de déficit, celle dont seraient tenues pour responsables les personnes victimes de l’alcool et du tabac, soit plus de 12 milliards d’euros encore évaporés tous les ans et d’autres encore comme les 128 milliards d’euros transférés à partir de 2004 vers l’impôt via la CSG et d’autres encore vers la CRDS…
- pas un mot non plus sur le montant des exonérations dont vous avez largement bénéficié. C’est 30 milliards en 2012 pour les seules entreprises du CAC, c’était autour de 20 milliards d’euros il y a 10 ans. Et pour le Crédit Agricole c’est à ce point gênant que vous ne répondez jamais à nos questions quant à ce montant ! Que dire :
- de votre gestion de la pyramide des âges par des départs anticipés, en complicité avec la MSA, par rachat à prix réduit de trimestres sur simple présentation d’attestations comme seuls justificatifs ?
- De votre maitrise volontaire de la masse salariale avec pour conséquences :

    • des emplois insuffisants en nombre ?
    • des salaires (issus de la convention collective) au rabais ?
    • des conditions de travail dégradées par cette politique qui conduit à des arrêts maladie, des frais pharmaceutiques croissants sans jamais que vous n’ayez, comme prévu par la loi, été pénalisés et amenés à sur cotiser ?

Si les cotisations des assurés sociaux n’étaient pas littéralement pillées et détournées de leur destination d’origine, il n’y aurait pas ce déficit fabriqué de la Sécurité Sociale.

Mais il y a aussi le développement du machinisme, qui non seulement a créé du chômage (et coûte ainsi à la collectivité) mais échappe en plus aux cotisations alors que la productivité croissante n’a satisfait que les actionnaires. NICE en sera un nouvel exemple après celui des automates. La réelle innovation n’aurait-elle pas consisté à étudier une éventuelle taxe sur les machines ?

Et enfin, cerise sur le gâteau : la marchandisation de la santé avec le développement des laboratoires pharmaceutiques privés et des cliniques privées sous forme de SA qui participent aussi à l’appauvrissement du système.

Comment des dividendes peuvent-ils être issus de remboursements de la Sécurité Sociale ?

Parce que le fin mot de l’histoire est bien là, le budget de la protection sociale c’est plusieurs centaines de milliards d’euros qui échappent à l’économie de marché. Aussi aiguise-t-il bien des appétits, à commencer par ceux des assureurs, banquiers et autres spéculateurs, qui rêvent de mettre la main sur cet énorme pactole.

Tel est l’objectif, évidemment inavouable de ceux qui poussent aux réformes de toutes les branches de la Sécurité Sociale. En pleine campagne pour l’élection présidentielle en 2002, le MEDEF avait rendu public un plan de démantèlement du système de sécurité sociale, dont le but affiché était de faire place à des organismes privés, obéissant aux règles du marché capitaliste : le patronat n’a de cesse que de supprimer d’un trait de plume toute participation des entreprises à l’assurance maladie et à la « branche famille ».

Et au Crédit Agricole, depuis longtemps aussi, vous misez sur la disparition progressive du système de protection sociale avec la mise en place du plan épargne retraite, la dépendance, la complémentaire santé………….

Vous avez su, comme d’autres, créer le besoin !

Selon nous, le système de Sécurité Sociale français est l’un des meilleurs au monde, il fonctionnerait parfaitement en nous opposant fermement et collectivement aux comportements immoraux du grand patronat et de l’actionnariat.

Pourquoi cette déclaration aujourd’hui direz-vous ?
- Parce qu’il y a 70 ans, presque jour pour jour, le 27 mai 1943, le Conseil National de la Résistance se réunissait pour la première fois, autour de Jean Moulin entre autres, des hommes préoccupés par la libération du territoire au prix de leur vie s’inquiétaient aussi de nos lendemains…
- Parce qu’il devient, pour nous, insupportable de voir comment, dans la confusion la plus générale, les sujets sont abordés ici sans que jamais ne monte autour de cette table la moindre levée de boucliers, quels que soient les reculs proposés et celui-ci n’est pas des moindres !

Pour nous l’intitulé même de cette séance devrait à lui seul interpeller ! « La complémentaire santé » dans la « sécurisation de l’emploi »… Seuls les charlots auraient pu dire « Merci Patron »… et nous faire sourire un peu.


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