8 mars : Journée internationale de luttes et des droits des femmes

lundi 8 mars 2010
par Ben
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Les travailleuses françaises ont imposé un modèle singulier en Europe, où elles affichent les plus hauts taux d’emploi et de fécondité. Mais à quel prix ? Elles occupent 85 % des postes à temps partiel, beaucoup travaillent aujourd’hui sans réussir à gagner leur vie. Et le patronat, aidé en cela par les mesures du gouvernement, en a fait un bataillon flexible et corvéable à merci. Sarkozy avait pourtant promis de faire voter des sanctions contre les entreprises qui ne rémunèrent pas les femmes comme les hommes et avait promis l’égalité salariale pour 2010… C’était en 2008, un 8 mars. La Journée internationale des droits des femmes a 100 ans cette année. Et le combat pour l’égalité reste plus que jamais d’actualité.

 Elles trinquent le plus.

C’est à chaque grande crise la même histoire : les femmes sont concernées au premier chef et ce sont les dernières pour lesquelles ont agit. Quand l’heure est grave, la question, éternellement subsidiaire, de leurs droits disparaît complètement. Comme s’il était de tout temps acquis, y compris pour une majorité d’entre elles, qu’il fallait d’abord traiter les "choses sérieuses". Et même, aucune mesure ne vient ensuite corriger la suraggravation de leurs conditions de travail et de vie. Une véritable aubaine pour le patronat. "Les femmes sont "aux avant-postes du sous-emploi, de la précarité, de la flexibilité", au point que beaucoup travaillent aujourd’hui "sans parvenir à gagner leur vie".

 Des droits en recul.

De l’autre, elles subissent de plein fouet les conséquences des reculs des services publics : on le sait, faute de places en crèche, ce sont elles qui renoncent à leur travail pour garder leurs enfants. "Sans le dire", on attaque par ce même biais de la réduction des dépenses publiques, le choix de ne pas donner la vie : avec les services hospitaliers peu rentables, les centres IVG ferment. Au point de faire de cette "liberté essentielle et reconnue, un droit à peine toléré". En catimini encore, on "revient à la République masculine, dont on dit que, bien ou mal, elle a fait ses preuves" en imposant pour les élections régionales un scrutin uninominal à un tour qui signe la mort de la parité dans les collectivités territoriales. "Sous prétexte de se conformer à la législation européenne, dénonce aussi le collectif Droits des femmes, on leur retire des mesures de rattrapage qui visaient à compenser les inégalités, particulièrement visibles au moment de la retraite". Et c’est un fait, le recul programmé de l’âge de la retraite sera d’autant plus violent pour les femmes qu’elles ont déjà des carrières fractionnées.

 Salaires, emploi : les plus maltraités.

Ce sont leurs droits encore que les décideurs on oubliés (ou pas) en imaginant le revenu de solidarité active (RSA), qui, dans les faits, incite les mères à rester au foyer pour augmenter les revenus du ménage. Au milieu des années 1980, c’est en réponse à la montée du chômage que le temps partiel a été encouragé Bingo : alors que celui-ci ne faisait absolument pas partie de l’histoire de la féminisation du salariat -les femmes étant rentrées massivement dans l’emploi à temps plein dès les années 1960-, 30 % d’entre elles ont aujourd’hui des emplois à temps partiel, en majorité de façon contrainte. Ou, vu autrement, elles occupent 85 % des temps partiels. C’est ensuite en 1994 que l’on a choisi d’instaurer une allocation parentale d’éducation, valant moins d’un demi-SMIC qui a entraîné, dans les 4 ans qui ont suivi une chute de 18 points du taux d’emploi des femmes concernées. Ce qui pose problème quand on sait que "la moitié d’entre elles ne retrouvent pas de travail ensuite".

Ces attaques ne touchent évidemment pas toutes les femmes à l’identique : ce sont les plus pauvres qui morflent. Sur le marché du travail, les moins qualifiées, en particulier quand elles ont de jeunes enfants, forment le gros bataillon des précaires en temps partiel contraint, lequel ne "fait que croître avec la crise". En raison d’une tolérance historique des "inégalités sociales de genres", la question de l’encadrement, voire de la suppression de ces temps partiels imposés, ne se pose même pas. Pourtant, au cœur de la crise, "les partenaires sociaux se sont mobilisés pour améliorer les conditions du chômage partiel, forme masculine de protection de l’emploi" et autre face du temps partiel imposé. "Les chômeuses, c’est grave, mais bien moins que les chômeurs.

 Des chiffres qui parlent

- 7 %. Le pourcentage de femmes parmi les cadres dirigeants des 5 000 premières entreprises françaises.
- 16 %. Le pourcentage de femmes ayant des emplois de direction dans la fonction publique d’Etat, où elles constituent 50,8 % des effectifs.
- 38 %. La proportion de femmes chefs d’entreprise en France. Le plus haut taux de l’Union.
- 2 205 €. C’est le salaire médian d’un médecin qui vient de soutenir son doctorat, si c’est une femme. Si c’est un homme, il s’élève à 2 980 euros, soit 26 % de plus.
- 18,5 %. Le pourcentage de femmes députées en France. On compte 21,9 % de sénatrices.
- 10 %. Le taux d’enfants de moins de 9 ans accueillis en crèche.
- 8 %. Le pourcentage de femmes membres des conseils d’administration et de surveillance des entreprises. Elles en sont absentes dans plusieurs sociétés du CAC 40.
- 80 %. La part des tâches parentales et domestiques assumée par les femmes.
- 1 007 €. C’est la moyenne des retraites des femmes en 2004, soit 38 % de moins que celle des hommes (1 622 euros).
- 20 %. Le taux d’écart entre l’emploi des hommes et celui des femmes lorsqu’ils deviennent parents.
- 17 %. Le taux de mères qui passent à temps partiel au premier enfant, quand 91 % des pères ne changent rien (d’après une enquête du CEREQ).
- 16. Le nombre de semaines légales de congé maternité en France. Il est de 28 semaines au Danemark.
- 28 %. La proportion de femmes à temps partiel qui voudraient travailler davantage.
- 66 %. Le taux d’heures de travail des femmes à l’échelle mondiale. Elles produisent aussi plus de la moitié des aliments, mais ne gagnent que 10 % du revenu total et possèdent moins de 2 % des terres.
- 675 000. C’est le nombre de femmes qui auraient été victimes, ces deux dernières années, de violences au sein de leur couple ou de leur famille.
- 47 500. C’est le nombre de faits de violences conjugales constatés par les services de police et de gendarmerie en 2007.
- 10 %. C’est le nombre de victimes qui osent porter plainte, dont 8 % pour des violences sexuelles.
- 156. C’est le nombre de femmes tuées par leur compagnon en 2008, contre 27 hommes la même année.
- 47,6 % de femmes parmi les conseillers régionaux en 2004. 7 % (2 sur 26) sont présidentes des conseils régionaux, 37,3 % vice-présidentes. 87,7 %. C’est le pourcentage d’hommes dans les conseils généraux en 2008, où les élections se font au scrutin uninominal.
- 80,7 %. C’est la proportion possible d’hommes parmi les conseillers territoriaux en 2014 avec la fin du mode de scrutin proportionnel. Un calcul de projection à partir de la réalité dans les conseils généraux.

 100 ans après le 8 mars 1910 : une histoire à connaître, un avenir à conquérir

"Exiger une totale égalité entre les sexes", droit de vote en tête, c’était le combat des femmes en 1910 et celui de la socialiste Clara Zetkin, qui a proposé de créer une Journée internationale de la femme. Or, dès l’origine, cette lutte féministe est liée à celle de la classe ouvrière. Souvent décrié aujourd’hui, le 8 mars reste un jour privilégié pour mettre en avant les droits de la femme et, en s’appuyant sur les batailles gagnées, continuer à se battre pour l’égalité.

 Clara Zetkin : c’est la lutte pour le droit de vote.

Les origines de la Journée internationale des femmes ont fait l’objet de débats entre historiennes. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à lier cette date symbolique aux luttes ouvrières et féministes. Au moment où nous marquons le centième anniversaire de la Journée internationale des femmes, nous nous interrogeons : quelle est l’originalité de cette histoire ? Qu’ont gagné les femmes à cette journée ? En quoi nous est-elle utile aujourd’hui ? Pour répondre à ces questions, replaçons-nous dans le contexte de 1910. Les femmes socialistes, avec à leur tête Clara Zetkin, font partie intégrante du mouvement révolutionnaire en lutte pour une transformation radicale de la société.

Dans la plupart des pays européens, les hommes viennent d’obtenir le droit de vote pour tous : "Ce droit n’est lié ni aux biens que l’on possède, ni au montant des impôts que l’on paie, ni au niveau de culture qu’on a acquis, ni à d’autres conditions permettant d’exclure le peuple travailleur de la jouissance de ce droit".

Ce suffrage n’a d’universel que le nom. En effet, les femmes en sont exclues. Les femmes socialistes considèrent cette exclusion comme "une insulte faite aux principes d’égalité des droits politiques". Cette injustice amènera Clara Zetkin à proposer une "journée internationale des femmes", une journée de lutte pour l’obtention du droit de vote pour toutes : "En liaison avec les organisations de classe, dans leur pays respectif, il revient aux femmes de notre planète de mettre sur pied, chaque année, une journée des femmes dont le premier objectif doit être l’obtention pour elles du droit de vote. Cette journée doit montrer qu’elle a un caractère international et exiger une totale égalité entre les sexes…

 Clara Zetkin : c’est la lutte pour l’égalité.

Clara Zetkin ne s’en tient pas là. Dans son journal, "l’Egalité", elle dénonce les terribles conditions de travail des étameuses de miroirs qui étaient empoisonnées au mercure et accouchaient d’enfants mort-nés ; celles des travailleuses d’une filature de jute aux salaires dérisoires. Lors de la Conférence internationale à Copenhague, les déléguées discutent de la durée du temps de travail. Elles revendiquent alors la journée de 8 heures pour toutes les travailleuses de plus de 18 ans. La modernité de Clara Zetkin est de poser, dans le même mouvement, la question de la citoyenneté et celle de l’égalité. Dès 1911, le 19 mars, un million de femmes et d’hommes répondent à son appel et participent à des rassemblements en Allemagne, en Autriche, au Danemark. En France, les historiennes relèvent la date du 5 juillet 1914 comme une grande manifestation à Paris pour le suffrage des femmes.

 Le 8 mars : pour la paix et les droits.

Dans cette période, de nombreuses grèves sont déclenchées par les ouvrières du textile, en Europe comme aux Etats-Unis. La journée internationale doit beaucoup à l’intervention de ces travailleuses qui ont su se rendre visibles dans l’espace public. L’originalité du 8 mars est de traduire en actions, une analyse de classe croisée d’une analyse féministe. Lancée lors d’une rencontre internationale, cette journée prend immédiatement de l’ampleur dans de nombreux pays.

Le contexte de la Première Guerre mondiale va lui donner un sens nouveau. Les tisseuses russes manifestent dans les rues de Saint-Péterbourg pour obtenir "du pain et la paix", le 23 février 1917 dans le calendrier russe, qui correspond à notre 8 mars. En 1921, Lénine décrète cette date "journée des droits des femmes". Dès 1924, la Chine participe aussi à cette journée.

La question du droit de vote des femmes se pose partout en Europe. Les Allemandes l’obtiendront en novembre 1918. En France, en 1919, l’Assemblée nationale se prononce en faveur de ce droit, qui sera refusé à six reprises par le Sénat. Il faudra la grande détermination des femmes et des forces progressistes pour arracher ce droit en 1944.

 L’ONU décrète.

En 1960, beaucoup de choses changent dans la vie des femmes. Elle prennent de plus en plus leur place dans la société. En célébrant le cinquantième anniversaire du 8 mars, elles revendiquent des droits égaux à ceux des hommes et, de façon nouvelle, "une responsabilité égale dans les destinées du monde". Cette volonté sera entendue par les Nations unies qui décrètent 1975, "Année internationale des femmes". Le thème retenu, "Rien ne peut être obtenu sans l’intervention des femmes elles-mêmes", indique un tournant. Les femmes prennent conscience de leur force. Les mouvements féministes des années 1970 y contribuent pleinement. En 1977, l’ONU officialise la Journée internationale des femmes. La France le fera en 1982.

Le 8 mars est un rendez-vous incontournable. Pour celles qui veulent transformer leur société et le monde, il est un jour privilégié de vigilance et d’action, un jour où, au même moment, des dizaines de millions de femmes sur la planète se parlent, s’organisent en réseaux, réfléchissent à leur émancipation, cherchent à transmettre leurs expériences, à comprendre cette histoire commune dans la diversité des situations. Il s’agit d’une histoire et de lutte contre la domination masculine. Nous avons à affronter aujourd’hui une arrogance nouvelle des exploiteurs, des oppresseurs, des machistes, des masculinistes.

 Louise MICHEL : féministe et révolutionnaire

La passionnara.

Louise MICHEL est une des grandes figures de la Commune et du mouvement ouvrier français. Elle fut une combattante inlassable de l’injustice sociale et de l’émancipation féminine. Victor Hugo lui a dédié un poème,Viro Major (plus grande qu’un homme !). Verlaine voyait en elle "l’ange gardien du pauvre". Séverine (la première femme journaliste) admirait "Louise de la misère et de la miséricorde, vibrante comme la révolte". Georges Clemenceau saluait "une chrétienne des premiers jours". Mais si Louise MICHEL vivait aujourd’hui, nul doute qu’elle nous inciterait à brûler les banques…

La révoltée de toujours.

La bâtarde est venue au monde le 29 mai 1830, dans le château délabré d’un petit village de Haute-Marne. Où à-t-elle puisé la force extraordinaire de se révolter pour défendre les travailleurs, lutter contre les injustices faites aux femmes, s’élever contre le colonialisme et, sans hésiter, sauver le monde ? Mariane, sa mère, servante soumise, même pas capable de dire quel châtelain l’a engrossée (le père ou le fils ?), ne veut pas que sa fille pique une colère quand elle voit les pauvres mourir de faim, car "ça fait pleurer le bon Dieu". Et lorsqu’à vingt ans, Louise, jeune fille romantique et royaliste, écrit à Victor Hugo, elle lui dit qu’elle "s’est donnée à Dieu pour toujours". Alors ? Où a-t-elle été chercher "l’anarchie communiste qui de toutes parts est à l’horizon" ?

Féministe et révolutionnaire.

Le vieux châtelain lui a fait lire très jeune les philosophes des Lumières. Lui et sa femme (grand-mère Demahis, dite Louise) lui ont donné une éducation de demoiselle libre-penseuse et ont laissé libre cours à son insatiable curiosité. Elle galope comme "un cheval échappé" et prend des rages contre les tortures infligées aux bêtes ; Elle fera de cette terrible émotion le cœur de son engagement : ne jamais se plier à la raison du plus fort. Se marier ? Au diable les prétendants que lui propose sa famille, elle ne va tout de même pas se laisser mettre en cage. "Comme toutes les femmes, je plaçais mon rête très haut", écrit-elle.

Louise devient une institutrice passionnée. Féministe dans l’âme, elle veut absolument que les filles aient une aussi bonne éducation que les garçons, elle veut tout leur enseigner : les mathématiques, le théâtre, les sciences naturelles et même l’éducation sexuelle ! Alors qu’à l’époque on leur apprenait surtout les travaux d’aiguille et le catéchisme. "Si l’égalité entre les deux sexes était reconnue, ce serait une fameuse brèche dans la bêtise humaine", affirme-t-elle. Elle ouvre une école à Montmartre, à Paris. Là, s’agite tout un monde de révoltés : républicains, anarchistes, socialistes de toutes tendances. Elle se radicalise, prend la parole dans les meetings, enflamme les foules.

La communarde indomptable.

Lorsu’au matin du 18 mars 1871 le peuple de Paris se soulève, elle est au premier rang des rebelles, émerveillée par cette "aube splendide de délivrance". Pendant les jours de la Commune, où le peuple a pris le pouvoir, elle ne touche plus terre : "C’est dans la Révolution que battent nos ailes" ! s’écrie-t-elle. Mais, très vite, les Versaillais attaquent Paris : elle s’empare d’une carabine Remington et fait le coup de feu, souvent vêtue d’un uniforme de garde national, grimpant à l’assaut des barricades, au mépris du danger -sans oublier un chaton ou de soigner les blessés. La Commune écrasée, elle est condamnée à la déportation dans une enceinte fortifiée. C’est lors de son procès qu’elle devient vraiment célèbre : elle réclame la mort et défie ses juges- tous des hommes, impressionnés par le regard de feu de cette indomptable.

Une combattante flamboyante.

Que les ouvriers fassent la grève générale et viennent à bout de leurs patrons qui les pressent comme des citrons ! Posons des bombes contre les tyrans (elle-même ne le fera pourtant pas), cela fera place nette pour un avenir radieux. "Allons, allons, l’art pour tous, la science pour tous, le pain pour tous ! Levez-vous, les grands chasseurs d’étoiles !" Elle, la généreuse, la consolante, la charitable, "la Sainte laïque", n’hésite pas à appeler à la lutte finale : "A travers des fleuves de sang, voici venir la délivrance !". Son combat flamboyant pour la dignité des malheureux provoque admiration extrême ou horreur indignée, Ardente prophétesse, femme au verbe haut, elle fait la une des journaux. Quand elle meurt d’épuisement, le 9 janvier 1905, son enterrement est suivi par une foule de cent mille personnes.

Louise MICHEL, l’éternelle révolutionnaire, qui peut mieux qu’elle symboliser le 8 mars comme la lutte des femmes pour l’égalité des droits ?


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